Pilote

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Je partage cette magnifique citation, lue sur le profil Facebook du violoncelliste Raphaël Chrétien."Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver quelque chose... Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer."Antoine de Saint-Exupéry

Publié dans Spiritualité

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Antoine 28/11/2016 14:49

Citadelle/LXXV, de Saint-Exupéry :

où l'on s'aperçoit que si l'idée est là, la façon de l'exprimer a été quelques peu modifiée...

"C’est pourquoi l’unité de l’amour je la développe en colonnes diverses et en coupoles et en sculptures pathétiques. Car l’unité, si je l’exprime, à l’infini je la diversifie. Et tu n’as point le droit de te scandaliser.

Seul compte l’absolu qui provient de la foi, de la ferveur ou du désir. Car une est la marche en avant du navire, mais il se trouve qu’il collabore, celui-là qui affûte un ciseau, lave à eau de mousse les planches du pont, grimpe dans le mât ou huile l’éclisse.

Or, ce désordre vous tourmente car il vous semble que si les hommes se soumettaient aux mêmes gestes et tiraient dans le même sens ils y gagneraient en puissance. Mais je réponds : la clef de voûte, s’il est question de l’homme, ne réside point dans les traces visibles. Il faut s’élever pour la découvrir. Et de même qu’à mon sculpteur tu ne reproches point d’avoir, pour atteindre et saisir l’essence, simplifié jusqu’à l’extrême, mais usé de signes divers tels que des lèvres, des yeux, des rides et de la chevelure, car il lui fallait structure d’un filet pour saisir sa proie — filet grâce à quoi, si tu ne demeures pas myope et le nez contre, rentrera en toi telle mélancolie qui est une et te fera autrement devenir — de même ne me reproche point de ne point m’inquiéter de tel désordre dans mon empire. Car cette communauté des hommes, ce nœud du tronc qui pousse des branches diverses, cette unité que je désire d’abord atteindre et qui est sens de mon empire, il faut, quand tu te perds dans l’observation des équipes qui tirent autrement leurs cordages, t’éloi-gner un peu pour la découvrir. Et tu ne verras plus que navire en marche sur la mer.

Et par contre, si je communique à mes hommes l’amour de la marche sur la mer, et que chacun d’eux soit ainsi en pente à cause d’un poids dans le cœur, alors tu les verras bientôt se diversifier selon leurs mille qualités particulières. Celui-là tissera des toiles, l’autre dans la forêt par l’éclair de sa hache couchera l’arbre. L’autre, encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les étoiles afin d’apprendre à gouverner. Et tous cependant ne seront qu’un. Créer le navire ce n’est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un, et à la lumière duquel il n’est plus rien qui soit contradictoire mais communauté dans l’amour.

C’est pourquoi toujours je collabore, ouvrant les bras à mes ennemis pour qu’ils m’augmentent, sachant qu’il est une altitude d’où le combat me ressemblerait à l’amour.

Créer le navire, ce n’est point le prévoir en détail. Car si je bâtis les plans du navire, à moi tout seul, dans sa diversité, je ne saisirai rien qui vaille la peine. Tout se modifiera en venant au jour et d’autres que moi peuvent s’employer à ces inventions. Je n’ai point à connaître chaque clou du navire. Mais je dois apporter aux hommes la pente vers la mer.

Et plus je grandis à la façon de l’arbre, plus je me noue en profondeur. Et ma cathédrale, qui est une, est issue de ce que celui-là qui est plein de scrupules sculpte un visage de remords, de ce que cet autre qui sait se réjouir se réjouit et sculpte un sourire. De ce que celui-là qui est résistant me résiste, de ce que celui-là qui est fidèle demeure fidèle. Et n’allez point me reprocher d’avoir accepté le désordre et l’indiscipline, car la seule discipline que je reconnaisse est celle du cœur qui domine, et quand vous entrerez dans mon temple vous serez saisi par son unité et la majesté de son silence, et quand vous y verrez côte à côte se prosterner le fidèle et le réfractaire, le sculpteur et le polisseur de colonnes, le savant et le simple, le joyeux et le triste, n’allez point me dire qu’ils sont exemples d’incohérence car ils sont un par la racine, et le temple, à travers eux, est devenu, ayant trouvé à travers eux toutes les voies qui lui furent nécessaires.

Mais celui-là se trompe qui crée un ordre de surface, ne sachant dominer d’assez haut pour découvrir le temple, le navire ou l’amour et, en place d’un ordre véritable, fonde une discipline de gendarmes où chacun tire dans le même sens et allonge le même pas. Car si chacun de tes sujets ressemble à l’autre tu n’as point atteint l’unité, car mille colonnes identiques ne créent qu’un stupide effet de miroirs et non un temple. Et la perfection de ta démarche serait, de ces mille sujets, de les massacrer tous sauf un seul.

L’ordre véritable c’est le temple. Mouvement du cœur de l’architecte qui noue comme une racine la diversité des matériaux et qui exige pour être un, durable et puissant, cette diversité même.

Il ne s’agit point de t’offusquer de ce que l’un diffère de l’autre, de ce que les aspirations de l’un s’opposent aux aspirations de l’autre, de ce que le langage de l’un ne soit point le langage de l’autre, il s’agit de t’en réjouir, car si te voilà créateur tu bâtiras un temple de portée plus haute qui sera leur commune mesure.

Mais je dis aveugle celui-là qui s’imagine créer s’il démonte la cathédrale et aligne dans l’ordre par rang de taille les pierres l’une après l’autre. "

djoupette 29/11/2016 11:38

Cette fois, c'est OK.

djoupette 28/11/2016 15:26

Merci beaucoup. J'ai du mal à afficher les commentaires sur mon tel mais ça a l'air très beau. Sais-tu que j'ai rencontré la famille du poète ?