Famille

Publié le par djoupette

Col de la Loge, juillet 1995.

Je dors très peu, mon esprit bouillonne. La vie à la maison, et surtout la très grande promiscuité qui y règne, me sont insupportables. J'ai un fort tempérament, je suis très irritable, querelles incessantes avec ma mère notamment.

Je m'enfuis en courant de la maison et pars me réfugier dans les bois. A la recherche de calme, de silence. A l'écoute de la paix animale qui me rassure et berce mes angoisses.

C'est la nuit. Je suis seule dans la forêt. La nuit ne me fait pas peur. La forêt ne me fait pas peur. De me trouver là me rassure, me calme... Je marche, je cherche l'équilibre à travers mon corps, je retrouve la paix de l'esprit.

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Que se passe-t-il donc en cet été 1995 ?

J'ai passé le Bac. Mention Très Bien, à 16 ans : mon père est fier comme Artaban. Je suis en route vers la prépa (hypokhâgne). Un grand départ en perspective : pour moi qui viens de Montbrison, Lyon est la "grande ville" qui fait peur ! Quitter la famille est aussi un grand pas.

Mon grand-père est mort, fin juin 1995. Un séisme pour mon père : le départ de son père adoptif le renvoie violemment à l'angoisse de ses origines, de cette absence de père notamment (il est né sous X en décembre 1942, à Lyon 7e). Une immense tristesse pour moi, pour qui ce grand-père représentait un repère de droiture, d'humanité, de bonté...

La fin d'année scolaire a aussi été marquée par l'audition de piano des élèves de mon père, dont je fais partie pour la dernière année. L'audition a lieu début juillet, après le Bac, et je prépare un programme très chargé, réparti sur deux jours.

J'ai passé quelques jours dans la très belle propriété d'amies musiciennes de mon âge, en Haute-Loire. Séjour très joyeux, ponctué de rires, de rencontres, d'expériences diverses et variées. Et là, il se passe quelque chose... Je fais face à un mur, dans l'intimité, un mur qui se dresse à l'intérieur de moi.

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Col de la Loge. Je me roule par terre en criant. Je me tape la tête contre les murs. Je "fugue" (fuis, me réfugie).

Mon père, dans un acte d'amour et sur le conseil d'un ami médecin, m'emmène voir le psychiatre de Montbrison. Quand on sait dans quelles souffrances mon père était enfermé, et quelles tortures il savait inconsciemment nous avoir fait subir, on mesure à quel point ce geste était généreux et courageux.

Je crains que la psychiatrie ne m'ait pas beaucoup aidée. En tous les cas, elle m'a accompagnée, jusqu'à aujourd'hui. Et j'ai beaucoup appris, au fil de ce parcours.

Publié dans Introspection

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